Coups de coeur fin année 2025

LES REGLES DU MIKADO de Erri DE LUCA

L’auteur signe à 74 ans un nouveau roman engagé où un vieux solitaire croise sur des sentiers de montagne une jeune clandestine.
Le nouveau roman d'Erri de Luca nous narre la rencontre entre un vieil horloger qui a l'habitude de camper en solitaire dans les montagnes près de la frontière italo-slovène et une jeune tsigane en fuite. Une nuit d'hiver, la jeune fille de quinze ans entre dans sa tente. Elle a fui sa famille slovène pour échapper à un mariage forcé avec un homme de 50 ans et demande au vieil homme de l'héberger.
L'alchimie entre ces deux êtres que tout sépare est immédiate et donne lieu à de longues discussions nocturnes entre deux protagonistes qui ne sont pas nommés. La jeune tsigane illettrée, qui sait lire les lignes de la main, dresser les ours et les corbeaux, et le vieil horloger, qui lit le sens de la vie dans l'agencement des bâtons de Mikado, vont s'apprivoiser, se découvrir. Un fossé sépare l'horloger fortuné qui voit dans la rationalité du Mikado une manière de donner un sens au chaos du monde.
Entre eux, pas de tromperie, mais une amitié qui s'est fortifiée au fil de leurs correspondances. Ces lettres vont peu à peu révéler comment chacun a pris soin de l'autre.
Il s’agit d’un livre « compact », dans lequel résonnent avec force les engagements humanitaires bien connus de l’écrivain.

LE VENT LEGER de Jean-François BEAUCHEMIN 

 Au sein de l’atelier, nous avions déjà découvert Jean-François Beauchemin avec son roman « Le Roitelet » « grand, beau et plein d’émotions ». Plusieurs lectrices et lecteurs ont eu la même révélation à la lecture de son dernier livre.

Automne 1971, dans un petit village de Gaspésie, vit la famille Cresson, une famille de 6 enfants -aux prénoms de poètes Enzo, Zelda, Arthur, Elliott, Zénon et Léonard- sans oublier leur animal de compagnie, le bouc facétieux Ringo. Le papa chante dans une chorale et s'essaye à l'écriture. La maman, véritable « cœur » du foyer, insuffle à chacun un principe de vie simple mais lumineux : mettre de la joie en toute chose.
Cette famille rayonne, tellement soudée, pleine d'amour et d'humour : les enfants, qui savent s’émerveiller de tout ; les parents qui ont su leur inculquer le bonheur au quotidien ; le lecteur qui se laisse emporté par la chaleur et la douceur de ce foyer.
Mais la maladie de la maman vient bouleverser la quiétude familiale. Qu'importe, elle leur demande que cette épreuve ne ternisse par leur joie. Alors, tout en prenant soin de leur mère, multipliant les attentions, ils s'efforcent de préserver la lumière. Durant cette période difficile, chaque membre de la famille va, selon sa sensibilité, affronter sa tristesse.
Un livre magnifique, plein de douceur, de lumière, et d’espoir.

LE PACTE DU DESERT – DANS LES PAS DE L’AVENTURIERE ET ARCHEOLOGUE GERTRUDE BELLE de Roselyne FEBVRE 

Gertrude Bell est la première femme diplômée d'Oxford en histoire moderne. Elle était une Femme érudite qui parlait quatre langues.
Archéologue, écrivain, diplomate, espionne, une femme exceptionnelle, incroyable en avance sur son temps. Elle a bravé tous les dangers pour parcourir les contrées les plus inaccessibles et dangereuses de l'Empire Ottoman et tout ceci au tournant du XXe siècle. Elle fut injustement éclipsée par Lawrence d’Arabie

CONTRE VENTS ET MAREES 

Nellie Bly (1864–1922), de son vrai nom Elizabeth Cochran, est une journaliste américaine pionnière du journalisme d’investigation. Elle se fait connaître dans les années 1880 en menant des enquêtes audacieuses, notamment en se faisant interner volontairement dans un asile psychiatrique pour dénoncer les mauvais traitements infligés aux patients. Elle acquiert une renommée internationale grâce à son tour du monde en 72 jours, pendant lequel, madame & monsieur Jules Verne l’inviteront à goûter. Sans oublier, le temps où elle fut chef d’entreprise… Par son courage, son engagement et sa détermination à briser les barrières imposées aux femmes, Nellie Bly s’impose comme une figure majeure de la presse et une défenseuse des droits des plus vulnérables.

LES FEMMES D’ENDELL STREET d’Ilaria TUTI

L’autrice, nous raconte un fait réel pendant la Première Guerre Mondiale : les brodeurs de l'armée. En réalité, elle aborde un autre sujet, qui s'allie au premier : un hôpital londonien uniquement tenu par des femmes médecins.

Le livre raconte l’histoire vraie de Flora Murray et Louisa Garrett Anderson, deux médecins britanniques et suffragettes qui, pendant la Première Guerre mondiale, avec un groupe de doctoresses anglaises ouvre en France, avec l’aide de la Croix Rouge, le premier hôpital entièrement géré par des femmes. Puis, de la même manière, elles fondent et dirigent l’hôpital militaire d’Endell Street à Londres. Cet établissement soigne des dizaines de milliers de soldats blessés : les hommes, même lourdement blessés, refusent, systématiquement, de se faire opérer : imaginez donc, par une femme chirurgien. Blasphème. laria Tuti veut démontrer et prouver la compétence des femmes médecins dans un milieu dominé par les hommes.
À travers cette aventure médicale et humaine, elle nous conte aussi l’histoire vraie d’Ernest Thesiger qui a introduit la broderie dans les hôpitaux militaires pour soigner psychologiquement les blessés.
L’ouvrage met en lumière leur combat pour la reconnaissance professionnelle et l’égalité des droits, ainsi que l’effacement progressif de leur contribution dans l’histoire officielle.

ZEPHYR ALABAMA de R. MC CAMMON 

Anciennement intitulé « le mystère du lac » avant sa réédition par les éditions Monsieur Toussaint Louverture. Nous sommes en 1964 dans le Sud des États-Unis. Cory Mackenson (le narrateur) est un jeune garçon de douze ans à peine qui vit avec son père et sa mère dans une petite ville paisible du nom de Zephyr. Paisible jusqu'au jour où, alors qu'il accompagne son père lors de sa tournée de livraison de lait, Cory devient le témoin d'un tragique « accident » quand une voiture plonge à toute vitesse dans le lac et que son père, malgré tous ses efforts, ne parvient pas à en libérer l'occupant qui sombre avec l'automobile au fin fond des eaux noires. Un évènement traumatique pour son père, Tom, mais aussi pour lui-même qui n'aura alors de cesse de chercher à comprendre qui se trouve au fond du lac et pourquoi.
Au-delà de l'intrigue, fil conducteur de l'histoire, l'auteur aborde de nombreuses thématiques : Il questionne le processus qui nous conduit irrémédiablement vers l'âge adulte ; il nous parle du racisme et de la ségrégation ; il évoque la violence du monde et ses changements ; il mentionne le « progrès », cette « industrialisation » cette « modernité » que rien n'arrête mais dont on se demande si elle ne nous fait pas perdre bien plus qu'elle ne nous fait gagner ; il aborde aussi l'écriture, la création ainsi que l'imagination.

LE FRUIT LE PLUS RARE OU LA VIE D’EDMOND ALBIUS de Gaëlle BELEM 

Edmond Albius est un ancien esclave devenu un botaniste exceptionnel en découvrant à l'âge de 12 ans le procédé de fécondation manuelle de la vanille.

L'auteure nous conte donc le destin incroyable de ce jeune esclave devenu libre mais qui n'a pas eu la célébrité attendue. C'est un roman bien documenté car l'auteure s'appuie sur des lettres et des ouvrages de botanique tout en laissant la part belle à l'imaginaire pour reconstituer la vie d'Edmond.
Roman très intéressant et très bien écrit qui mêle Histoire, botanique, économie et qui nous peint un tableau humain et social du 19è siècle sur l'île Bourbon avec comme toile de fond le lourd passé colonial et l'esclavage. F.M.

LA FEMME ET L’OISEAU de Isabelle SORENTE  

Ce roman tisse l'histoire de chacun avec beaucoup de tendresse et aborde de façon très poétique des sujets graves et douloureux comme la gestation pour autrui, le besoin vital de savoir d'où l'on vient, la culpabilité, la transmission ; il nous offre également une page d'histoire qui a laissé une plaie en Alsace avec l'engagement contraint des Alsaciens dans les rangs de la Wehrmacht, épisode peu évoqué en dehors de cette région et donc largement méconnu.

Thomas, 91 ans, ancien Malgré-Nous, qui vit dans une maison en pleine nature dans le massif des Vosges et qui accueille sa petite-nièce, Elizabeth et la fille de celle-ci, Vina, 14 ans ; la mère et la fille ont quitté Paris précipitamment après que Vina ait menacé un camarade avec un cutter et ait été exclue du collège. Les trois personnages doivent faire face à un secret qui les ronge. Chacun va aider l'autre en lui offrant la possibilité de partager le secret, la douleur afin de trouver la liberté.

LA FILLE DU GRAND HIVER
d' Isabelle AUTISSIER 

L’autrice retrace la vie de cette jeune Inuite Arnarulunguaq du Groenland qui va se joindre en 1921 à la cinquième expédition menée par le célèbre explorateur danois Knud Rasmussen, père de « l'esquimologie », à travers les vastes étendues glacées du Grand Nord sur un arc reliant Thulé (Groenland) aux nord des États-Unis à la rencontre d'autres peuples, d'autres traditions et d’autres civilisations. Elle l'aida dans ses observations ethnologiques. Elle serait la première femme à avoir traversé le passage du Nord-Ouest et porté un « regard d'anthropologue » sur les peuples de l'arctique.
Isabelle Autissier semble bien connaître le Groënland mais aussi, a effectué un gros travail de recherche.

MAGNIFIQUE de Jean-Félix de la VILLE BAUGE

L’héroïne et narratrice, appelée Magnifique, vit aujourd’hui au bord du lac Léman. Sur le point de subir une intervention chirurgicale, elle craint les conséquences si cela devait mal tourner : elle décide alors d’écrire à son époux pour raconter son passé au Rwanda qui ne l’a jamais quittée, son vécu lié au génocide de 1994 et ce qui l’a menée jusqu’à cette vie d’exil, de silence et d’amour, pour que celui qu’elle aime comprenne d’où elle vient et ce qu’elle a vécu. Magnifique, est née dans les collines du Rwanda, d’une famille tutsie. Dès l’enfance, elle voit les tensions ethniques s’accroître : sa scolarité, les remarques, les exclusions, la peur.
Au moment du génocide, elle perd sa famille, son entourage, qui ont été tués dans une église. Elle survit dans des conditions incroyables voire « extrêmes ». Elle aborde le rôle de l’Eglise, des voisins, de l’armée française (la division « Turquoise »). Tout est relaté avec une grande impassibilité mais avec des mots tellement justes.  

LE MEDECIN D’ISPAHAN de Noah GORDON 

L’auteur, nous introduit auprès d'Avicenne, le « prince des médecins » du 11e siècle, vivant à Ispahan, la ville éclatante de Perse et ceci par l’intermédiaire de Rob…

Rob a 9 ans lorsqu'il se retrouve à la tête d'une fratrie orpheline. Nous sommes en 1021, à Londres. Témoin de la mort, à quelques mois d'intervalle, de sa mère, puis de son père, il se découvre un « don » qui d'abord l'effrayera pour ensuite lui révéler sa vocation : la médecine.
Devenu l'apprenti-assistant d'un barbier-chirurgien itinérant, c'est en sillonnant les routes d'Angleterre qu'il entend parler d'un certain Abu 'Ali al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina, plus connu de nos jours et sous nos contrées sous le nom d'Avicenne.
À la mort de son protecteur, il se décide à gagner Ispahan afin de réaliser sa destinée. Pour rencontrer Ibn Sina (Avicenne) et être admis dans son école, à 20 ans, il traverse l'Europe et gagne le lointain Orient, tout en se faisant passer pour un Juif.
Grand roman d’aventure mais c'est aussi un roman historique, à la fois très bien documenté, notamment sur les pratiques médicales de l'époque.

LA PETITE BONNE de Bérénice PICHAT 

Déjà, le titre : qui explique à lui tout seul le livre, qui est écrit soit en prose soit en vers suivant les interlocuteurs : la prose, dense, compacte, épouse le quotidien du couple bourgeois. Les vers libres, eux, sont ceux de la petite bonne : courts, légers, d'une grande sensibilité.« Et surtout son regard doux Comment dire

Elle a cherché à le qualifier elle a enfin trouvé le mot juste Naïf Ce regard-là quand elle l'a croisé sur la photo il l'a fait sursauter Surtout pour sa différence avec celui d'aujourd'hui Plus frappante que le reste Plus perturbante même que le fait de le découvrir en pleine santé De cette douceur dans le regard il ne reste plus rien Toute la naïveté s'est envolée Finalement étrangement elle sait que
c'est ça ce qui a le plus changé » Ensuite, dans les années 1930, le quotidien de cette jeune « bonne » chez différents employeurs dont celui d’un couple de la haute société : Blaise, ancien pianiste, revenu de la bataille de la Somme, mutilé, amputé, la « gueule cassée ». Alexandrine, son épouse, a fait de son existence un dévouement total à cet homme brisé. 

LES AMNESIQUES de Géraldine Schwartz 

Fille d'un allemand et d'une française, cette journaliste a la chance d'être parfaitement bilingue et biculturelle, ayant depuis l'enfance baigné tant dans le monde latin que dans le germanique.
Avec clarté, elle s'interroge sur le passé de ses deux patries et sonde les côtés les plus obscurs de l'histoire de chacune d'elles.
Son grand-père allemand, industriel à Mannheim, a profité de l'aryanisation des biens juifs pour conclure une affaire avantageuse en achetant en 1938, au prix fixé par les nazis, l'entreprise Löbmann alors que cette famille souhaitait quitter l'Allemagne hitlérienne.
Son grand-père français, gendarme sous le régime de Vichy, dans une localité proche de la ligne de démarcation a accompagné jusqu'au camp de Gurs, dans le sud-ouest de la France, le premier convoi de juifs déportés à l'automne 1940.
A partir de ces deux événements, l’autrice s'est donc livrée à de sérieuses recherches historiques pour tenter de comprendre l'attitude de la population de l'époque et elle stigmatise les « Mitlaüfer », c'est à dire ces citoyens qui se sont contentés de suivre, sans jamais rien tenter pour empêcher, voire simplement freiner les événements.
A l’issue de ses recherches, Géraldine Schwartz pose différentes questions :
-          Si ces Mitlaüfers s'étaient élevés contre le régime, l'histoire aurait-elle pu en être changée ?
-          La dénazification du pays et l’attitude de Konrad Adenauer, au nom du principe : « laisser le passé au passé » : facilité dans laquelle les allemands vont s'engouffrer avec soulagement.
-          Du côté français, il a fallu du temps pour casser le mythe d'une France résistante : que 2%.
Jusqu'à ce qu'un procureur courageux Fritz Bauer initie une série de procès. Mais ce qui a causé un véritable électro-choc, tant du côté français qu'allemand, ce fut, curieusement, la série « Holocauste » sur le génocide dans les camps d'extermination, mettant en avant le mot « Auschwitz » et sa cohorte d'abominations, qui vont éveiller la conscience de la génération d'après-guerre.

Pour conclure, l’autrice fait un bref tour d’horizon européen ou l'art, d'éclairer l'histoire du 20è siècle.

L’INFINI DANS UN ROSEAU – L’INVENTION DES LIVRES DANS L’ANTIQUITE d' Irène VALLEJO

Depuis toute petite, Irene Vallejo baigne dans les livres grâce à sa mère qui lui lisait énormément d'histoires. Et l'écriture et les livres sont devenus sa passion. Alors, elle a entrepris ce livre…
Elle est remontée aux toutes premières origines de l'écriture et de la transmission. Depuis l'Antiquité jusqu'aux tablettes numériques. Il se compose de 2 parties : la 1ère : LA GRECE IMAGINE L’AVENIR et la seconde : LES CHEMINS DE ROME. 
Irene Vallejo fait régulièrement des liens avec l'époque contemporaine, livre des réflexions, des hypothèses et des anecdotes personnelles. On y trouve aussi des touches d'humour, ce livre se lit comme un roman, l’écriture est fluide… un bel équilibre entre érudition et vulgarisation.
Mais surtout, Irene Vallejo nous partage sa passion pour les livres et la littérature, la fabuleuse épopée de l'écriture, des livres et des bibliothèques et rend compte de leur importance capitale dans la sauvegarde et la diffusion du savoir, des idées et des histoires à travers le temps et l'espace, malgré l'obscurantisme et la barbarie.
De remarquables passages sur l’immense travail des copistes et leurs manuscrits, sur l’écriture, le travail et le coût des papyrus, sur la découverte de l’alphabet par les signes, sur la mémoire, sur l’éducation à travers les livres, sur les femmes et l’écriture, sur l’organisation des bibliothèques…
C'est une superbe aventure dans laquelle nous embarque Irène Vallejo. Érudite et lyrique, passionnée et précise.

L’AMI LOUIS de Sylvie LE BIHAN 

L’autrice se met dans la peau d'Elisabeth Daguin, un personnage de fiction, engagée par Bernard Pivot pour préparer en 1976 une émission d'Apostrophes consacrée à Albert Camus. Qui mieux que Louis Guilloux (1899-1980) qui fut un des plus grands amis du Prix Nobel pour venir en parler ?
Mais sa rencontre avec le romancier briochin du « Sang noir », de la Maison du Peuple va se transformer en une véritable amitié entre le vieil écrivain et la jeune-fille quelque peu tourmentée.
Sylvie le Bihan rend un bel et vibrant hommage à cet auteur quelque peu oublié qui par sa vie, son oeuvre, ses idéaux, restera fidèle à son milieu de naissance (son père était cordonnier).
En 1945, par l'intermédiaire de Jean Grenier il rencontre Albert Camus, une demi génération les sépare mais l'estime qu'ils éprouvent se transforme rapidement en amitié, ils seront comme des frères. 

Atelier de lecture animée par Nicole ROUE
et les participants à  cet atelier


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cONTACT : Nicole ROUE