LES AMNESIQUES de Géraldine Schwartz

Fille d'un allemand et d'une française, cette journaliste a la chance d'être parfaitement bilingue et biculturelle, ayant depuis l'enfance baigné tant dans le monde latin que dans le germanique.
Avec clarté, elle s'interroge sur le passé de ses deux patries et sonde les côtés les plus obscurs de l'histoire de chacune d'elles.
Son grand-père allemand, industriel à Mannheim, a profité de l'aryanisation des biens juifs pour conclure une affaire avantageuse en achetant en 1938, au prix fixé par les nazis, l'entreprise Löbmann alors que cette famille souhaitait quitter l'Allemagne hitlérienne.
Son grand-père français, gendarme sous le régime de Vichy, dans une localité proche de la ligne de démarcation a accompagné jusqu'au camp de Gurs, dans le sud-ouest de la France, le premier convoi de juifs déportés à l'automne 1940.
A partir de ces deux événements, l’autrice s'est donc livrée à de sérieuses recherches historiques pour tenter de comprendre l'attitude de la population de l'époque et elle stigmatise les « Mitlaüfer », c'est à dire ces citoyens qui se sont contentés de suivre, sans jamais rien tenter pour empêcher, voire simplement freiner les événements.
A l’issue de ses recherches, Géraldine Schwartz pose différentes questions :
- Si ces Mitlaüfers s'étaient élevés contre le régime, l'histoire aurait-elle pu en être changée ?
- La dénazification du pays et l’attitude de Konrad Adenauer, au nom du principe : « laisser le passé au passé » : facilité dans laquelle les allemands vont s'engouffrer avec soulagement.
- Du côté français, il a fallu du temps pour casser le mythe d'une France résistante : que 2%.
Jusqu'à ce qu'un procureur courageux Fritz Bauer initie une série de procès. Mais ce qui a causé un véritable électro-choc, tant du côté français qu'allemand, ce fut, curieusement, la série « Holocauste » sur le génocide dans les camps d'extermination, mettant en avant le mot « Auschwitz » et sa cohorte d'abominations, qui vont éveiller la conscience de la génération d'après-guerre.
Pour conclure, l’autrice fait un bref tour d’horizon européen ou l'art, d'éclairer l'histoire du 20è siècle.

L’INFINI DANS UN ROSEAU – L’INVENTION DES LIVRES DANS L’ANTIQUITE d' Irène VALLEJO

Depuis toute petite, Irene Vallejo baigne dans les livres grâce à sa mère qui lui lisait énormément d'histoires. Et l'écriture et les livres sont devenus sa passion. Alors, elle a entrepris ce livre…
Elle est remontée aux toutes premières origines de l'écriture et de la transmission. Depuis l'Antiquité jusqu'aux tablettes numériques. Il se compose de 2 parties : la 1ère : LA GRECE IMAGINE L’AVENIR et la seconde : LES CHEMINS DE ROME.
Irene Vallejo fait régulièrement des liens avec l'époque contemporaine, livre des réflexions, des hypothèses et des anecdotes personnelles. On y trouve aussi des touches d'humour, ce livre se lit comme un roman, l’écriture est fluide… un bel équilibre entre érudition et vulgarisation.
Mais surtout, Irene Vallejo nous partage sa passion pour les livres et la littérature, la fabuleuse épopée de l'écriture, des livres et des bibliothèques et rend compte de leur importance capitale dans la sauvegarde et la diffusion du savoir, des idées et des histoires à travers le temps et l'espace, malgré l'obscurantisme et la barbarie.
De remarquables passages sur l’immense travail des copistes et leurs manuscrits, sur l’écriture, le travail et le coût des papyrus, sur la découverte de l’alphabet par les signes, sur la mémoire, sur l’éducation à travers les livres, sur les femmes et l’écriture, sur l’organisation des bibliothèques…
C'est une superbe aventure dans laquelle nous embarque Irène Vallejo. Érudite et lyrique, passionnée et précise.
